Les Havres Gris

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 Fuir sa sécurité, de Richard Bach lundi 15 octobre

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Lucile
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MessageSujet: Fuir sa sécurité, de Richard Bach lundi 15 octobre   Mar 16 Oct - 11:06



Voici pour notre deuxième quinzaine un texte tiré du livre « Fuir sa sécurité » de Richard Bach. Richard Bach, vous le connaissez probablement pour son premier livre « Jonathan Livingstone le Goéland » qu’on offre souvent en package aux enfants avec le petit Prince. Bien sûr, Richard Bach (qui est aussi l’arrière-arrière,etc-petit-fils de Jean-Sébastien) ne s’est pas arrêté là. Je citerais dans ses œuvres, outre « fuir sa sécurité », « le messie récalcitrant » que j’aime beaucoup, qui nous relate la rencontre entre Richard et un messie moderne, qui a préféré mettre la clé sous la porte et laisser tomber le job de messie…Vous l’aurez compris, dans chaque livre, R.Bach écrit sous forme d’un roman sa rencontre avec un de ses maîtres spirituels ; dans celui-ci, le maître en question est un peu particulier. C’est le même Richard, mais à 9 ans, bourré d’interrogations sur le monde et la façon de mener sa vie. Richard rencontre donc Dickie et tente de lui enseigner ce qu’il a compris du monde. Bien sûr, tel est pris qui croyait prendre….
Donc pour vous résumer ce qui s’est passé avant ce passage, Richard a emmené Dickie en ballade en avion et Dickie lui demande donc ce qu’il a appris de plus important et qu’il ne faut jamais oublier. Richard lui propose donc de concevoir la vie comme un jeu.
(PS : Bobby, qui arrive un peu plus loin, et le frère ainé de Richard, qui est décédé à 11 ans, alors que Richard en avait 9).


« Supposons que nous sommes ici dans le but de nous adonner à un sport qui consiste à apprendre à faire des choix qui auront pour nous des conséquences à long terme. Un sport rude, Dickie, un jeu difficile à gagner. Mais si vivre est un jeu, dis-moi ce qu’il y a de vrai dans la vie. »
Il a tenté une réponse. « Elle a des règles ?
- Oui », ai-je dit. « Quelles règles ?
- Il faut être présent…
- C’est absolument essentiel. Il faut être présent, prêt à jouer, sur la bonne longueur d’onde. »
Il a froncé les sourcils. « Pardon ?
- Si notre conscience n’est pas sur la bonne longueur d’onde, capitaine, nous ne pouvons pas jouer sur terre. Une expression omnisciente de la Vie parfaite se doit de rejeter toute omniscience et faire appel à seulement cinq sens. Nous devons ensuite accepter de limiter ces cinq sens, de ne percevoir que certaines fréquences et aucune autre.
- D’accord », a-t-il concédé. « Et le jeu se déroule sur un terrain. Un échiquier ou un champ ou un court.
- Oui ! Et ensuite ?
- Il y a des joueurs. Ou des équipes.
- Oui. Sans nous, pas de jeu », ai-je dit. « Quelles sont les autres règles ?
- Un début. Un milieu. Une fin.
- Oui. Et ensuite ?
- C’est tout.
- Tu oublies une règle importante », ai-je dit. « Les rôles. Dans chaque jeu que nous posons, nous nous glissons dans un rôle, une identité que nous empruntons pour l’occasion. Nous décidons que nous sommes le sauveur, la victime, le leader-qui-connaît-toutes-les-réponses, le disciple-aveugle, que nous sommes brillant, brave, honorable, astucieux, ennuyeux, impuissant, survivant, diabolique, décontracté, piteux, sérieux, insouciant, le sel de la terre, marionnettiste, comique, héroïque…nous choisissons notre rôle par caprice et au hasard, et nous pouvons en changer quand nous en avons envie.
- Quel est ton rôle ? » a-t-il demandé. « En ce moment précis ? »
J’ai ri. « En ce moment précis j’incarne le « gars-plutôt-gentil-venu-de-ton-avenir-avec-quelques-idées-géniales-destinées-à-faire-réfléchir-l’enfant-que-tu-es ». Quel est le tien ?
- Je joue à être « le-garçon-venu-de-t-on-passé-qui-a-besoin-de-savoir-comment-fonctionne-l’univers ». » Il m’a regardé d’une étrange façon en prononçant ces mots, comme s’il avait laissé tomber son masque, comme si à travers son rôle il avait aperçu la vérité. J’étais trop absorbé par mon propre jeu, cependant, trop emporté par le plaisir que me procurait cette leçon pour le remarquer.
« Bien », ai-je dit. « Maintenant, retire-toi du jeu, mais continue à m’en parler. »
Il a souri et puis il a froncé les sourcils. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
J’ai incliné l’avion sur la droite, braquant vers le sol, à cinq kilomètres en contrebas. « Que sais-tu des jeux que l’on voit de cette altitude ? »
Il a regardé en bas. « Oh ! », a-t-il dit. « Il y en a beaucoup qui se déroulent en même temps. Différentes salles, différents courts, différents champs, différentes villes, différents pays…
- … différentes planètes, galaxies et univers », ai-je dit. « Oui ! Et ensuite ?
- Différentes époques ! » a-t-il dit. « Les joueurs peuvent jouer partie après partie après partie, jouer Nous pouvons jouer dans différentes équipes, jouer pour le plaisir ou jouer pour gagner notre vie, jouer contre un adversaire peu coriace ou affronter quelqu’un d’invincible…
- Tu aimes jouer lorsque tu sais que tu ne peux pas perdre, n’est-ce pas ? S’il n’y avait pas de risques, si tu étais certain de ne jamais perdre, si tu connaissais le résultat final à l’avance, le jeu serait-il toujours aussi amusant ?
- Le plaisir, c’est de ne rien savoir à l’avance. » Il s’est brusquement tourné vers moi. « Bobby connaissait le résultat final.
- Est-ce que la vie de Bobby a été une tragédie parce qu’il est mort à un si jeune âge ?
Il a de nouveau regardé en bas à travers la vitre. « Ouais. Il ne saura jamais ce qu’il aurait pu être. Ni qui je serai.
- Suppose que la vie soit un jeu. Bobby penserait-il alors que sa vie a été une tragédie ?
- Propose-moi une expérience de la pensée. »
Cette requête m’a fait sourire. « Toi et Bobby jouez aux échecs dans une maison magnifique et immense. Au milieu de la partie, ton frère entrevoit la façon dont la partie va se terminer, il n’arrive pas à imaginer la moindre manière de s’en tirer, il déclare forfait et il part explorer la maison. Pense-t-il que ce qui vient de se produire est une tragédie ?
- Ce n’est pas amusant quand on connaît la fin, et il avait envie de voir les autres pièces. Pour lui, ce n’est pas une tragédie.
- Est-ce une tragédie pour toi, quand il abandonne la partie ?
- Je ne pleure pas lorsque quelqu’un quitte la pièce.
- Maintenant, reviens à l’échiquier. Mais au lieu d’être un joueur, tu es le jeu. Les pièces du jeu d’échecs s’appellent Dickie, Bobby, et maman et papa, et au lieu d’être en bois elles sont faites de chair et de sang, et elles se connaissent les unes les autres depuis toujours. Au lieu des cases, il y a des maisons, des écoles, des rues et des magasins. Et à un certain moment de la partie, la pièce appelée « Bobby » est prise. Il disparaît, il quitte complètement l’échiquier. Est-ce que c’est une tragédie ?
- Oui ! Il ne se trouve pas dans une autre pièce, il a disparu ! Personne ne peut le remplacer et il faudra que je continue d’avancer sans lui pendant le reste de ma vie.
- Donc plus nous sommes près du jeu », ai-je dit, « plus nous sommes absorbés par lui, plus une perte nous apparaît comme une tragédie. Mais la perte est tragédie pour les joueurs seulement, Dickie, seulement lorsque nous oublions que c’est aux échecs que nous jouons, lorsque nous oublions pourquoi nous jouons, lorsque nous pensons que notre échiquier est le seul qui existe. »
Il m’a regardé avec attention.
« Plus nous oublions que c’est un jeu, et qu nous sommes les joueurs, plus vivre devient absurde. Mais la vie sur terre est exactement comme le base-ball et l’escrime… dès que la partie est terminée, nous nous rappelons… oh ! , je joue parce que j’adore ce sport !
- Lorsque j’oublie », a-t-il dit, « tout ce que j’ai à faire c’est de survoler à nouveau l’échiquier et d’y jeter un coup d’œil ? »
J’ai hoché la tête. « C’est l’altitude qui me l’a enseigné. Perché très haut et regardant un grand nombre d’échiquiers là en bas partout dans le monde.
- Quelqu’un meurt et tu n’es pas triste ?
- Je ne le suis pas, pas pour eux », ai-je dit, « Et pas pour moi, plus maintenant. Le chagrin est un plongeon dans l’attendrissement sur soi-même, et chaque fois que j’ai eu du chagrin, je n’en suis pas sorti guéri mais transi et trempé. Je ne pouvais pas m’obliger à croire que la mort dans l’espace-temps est plus réelle que la vie dans l’espace-temps, et après un certain temps j’ai cessé d’essayer.
La majorité des gens disent que le deuil est important, Dickie, que le chagrin est plus sain que le jus de carottes ou que l’air de la forêt. Je suis trop naïf pour les suivre. Lorsque nous comprenons la mort, le chagrin n’est pas plus nécessaire que la peur lorsque nous comprenons les principes du vol. même le chagrin doit avoir un sens, et puisqu’il en a un, pourquoi pleurer ? Si je n’avais jamais qu’une seule chose à te dire à propos de la vie, c’est de ne jamais oublier que c’est un jeu. »
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Sil

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MessageSujet: Re: Fuir sa sécurité, de Richard Bach lundi 15 octobre   Mar 16 Oct - 11:49

Deux choses me font réagir :

Un, j'ai l'impression en lisant l'extrait qu'il y a confusion entre le deuil et le chagrin. Or pour moi, les confondre c'est limité fortement la notion de deuil. Le deuil est plus l'acceptation de vivre sans l'autre. J'y vois plus un concept d'inertie : on ne voit ni comprends immédiatement à la mort de l'autre toutes les implications de cette disparition. Pour cela, il faut du temps.

Deux, je bugue sur l'utilisation du terme "jeu" car tous les joueurs n'ont pas conscience de faire parti du jeu. Hors pour moi, c'est indispensable pour parler "jeu". Ce qui ne veux pas dire qu'on ne joue pas, juste pas de jeu. D'autant plus qu'un jeu sous entend des règles identiques pour tous les joueurs et là encore, je ne pense pas que ce soit vrai. Après, l'analogie entre la partie d'échec et la vie me semble pas mal du tout même si je la trouve restrictive.
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Kamui

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MessageSujet: Re: Fuir sa sécurité, de Richard Bach lundi 15 octobre   Mar 16 Oct - 20:05

Il n'y a pas de confusion entre deuil et chagrin je trouve.

Le chagrin est ici décrit comme inutile car la mort n'est pas une "tragédie". Le "joueur" mort est juste "hors-jeu", donc il n'a pas disparu, il est juste ailleurs. Au tout du moins, s'il a disparu, c'est uniquement en dehors de notre champ de vision limité (les 5 sens).

Le deuil est tout autre en effet. C'est l'acceptation de la perte de quelque chose ou de quelqu'un. Cela fait référence au "lâcher prise".
Le deuil est une étape nécessaire pour aller de l'avant alors que le chagrin s'il est trop important maintient la personne dans le passé et dans le regret.

Par rapport au fait que la vie soit un jeu, cette idée me plait bien. De penser que la vie n'est finalement rien de plus qu'un jeu est très libérateur je trouve. Nous sommes sur Terre pour nous amuser, pas pour souffrir ni nous ennuyer,... mais pour jouer! Encore une fois, cela renvoie à l'idée d'une accumulation d'expériences.
En effet, tout le monde n'est pas au courant qu'il s'agit d'un jeu mais cela ne les empêche pas d'y participer pour autant. Bon gré malgré certes mais ces personnes y participent.
Les règles ne sont pas les mêmes pour tous? oui et non. Nous ne partons pas avec les mêmes cartes en main : certains ont beaucoup d'argent, d'autres vivent dans des bidonvilles,... mais est-ce important? l'important n'est pas de gagner, mais de jouer.
Mais là encore, gagner ne signifie pas avoir les meilleures cartes en main. L'accumulation de possessions matérielles par exemple ne vous rendent pas forcement heureux.
Je pense que les règles sont les mêmes pour tous, mais la connaissance de ces règles n'est pas connue à un même niveau par tous.

Voilà! encore une fois, en espérant avoir été clair.
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Lucile
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MessageSujet: Re: Fuir sa sécurité, de Richard Bach lundi 15 octobre   Mar 16 Oct - 20:41

ah, je suis contente que cette vision vous plaise! Je dois avouer qu'elle m'influence beaucoup!! Ca revient exactement au même pour moi que de dire que la vie est un théatre: d'ailleurs dans les deux cas, on "joue", et ce avec plus ou moins de recul.
Concernant le deuil et le chagrin, je suis assez d'accord avec ce que Kamui a dit, même si c'est vrai que R.Bach n'est pas très clair dans ce passage. Je ne pense pas qu'il critiquerait le processus de deuil, en temps que prise de conscience de la disparition de l'autre et de son acceptation.

Concernant le jeu, pour moi c'est exactement ça: on s'amuse dans diverses expériences, agréables ou désagréables. Les règles sont les mêmes, il me semble, ce sont plus les conditions de départ qui ne sont pas les mêmes. Comme aux échecs on peut laisser plusieurs coups d'avance à l'autre pour que la partie soit plus intéressante... Tout dépend de ce qu'on choisit de vivre. Certains choisissent la facilité, de naître avec de l'argent et des parents aimants, d'autres choisissent la difficulté. L'objectif reste de se surpasser, et surtout de s'amuser!

Evidemment, tout le monde n'a pas la conscience de jouer un jeu cosmique... c'est un peu le but de la quête, non? élargir sa conscience... On peut décider de naître dans des conditions qui favoriseront cette prise de conscience, comme moi, parce que c'est ma voie, ou qui ne la favoriseront pas, comme Paris Hilton, dont l'âme a vraisemblablement choisi une autre voie que la mienne...
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