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 Kafka sur le rivage - Haruki Murakami

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Kamui

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MessageSujet: Kafka sur le rivage - Haruki Murakami   Dim 9 Déc - 23:58

Kafka Tamura est un adolescent de quinze ans qui s'est enfui de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. En effet, il tuera son père et couchera avec sa mère et sa soeur.

Nakata est un vieil homme de Tokyo qui parle aux chats. Ayant eu un accident quand il était enfant, Nakata est un peu idiot et ne comprend pas tout.

Kafka sur le rivage, c'est l'histoire de ces deux personnages ou plutôt comment leurs destins vont s'entremêler pour devenir le miroir l'un de l'autre. Les deux histoires se font écho l'une l'autre et je vous avoue que je n'ai pas encore saisi la teneur exacte de la relation entre les deux personnages.
Dans ce roman, on ne sait où s'arrête la réalité et commence le surnaturel, mais y'a-t-il une frontière aussi établie entre les deux?
Kafka parle intérieurement "au garçon nommé Corbeau", Nakata peut faire tomber des poissons du ciel, Jonnhy Walken fabrique une flute à partir des âmes des chats qu'il a tué, Hoshino soulève la pierre de l'entrée aidé par le colonel Sanders de KFC, Oshima se travestit en homme et Melle Saeki est un fantome depuis la disparition de son amour...Voilà la galerie de personnages que l'on rencontre dans ce conte moderne.
Aventure onirique? Conte philosophique? A vous de juger...

Quelques extraits :

Oshima au volant et Kafka en train d'ecouter une sonate pour pinao de Schubert.
- Pourquoi des pianistes célèbres se donnent-ils pour défi de jouer une musique imparfaite ?
- C'est une bonne question, dit Oshima. [...]Les œuvres qui possèdent une sorte d'imperfection sont celles qui parlent le plus à nos cœurs, précisément parce qu'elles sont imparfaites. [...] Ces oeuvres ont le don de parler au coeur comme aucune autre.
[...] Les sonates de Schubert, et spécialement celle-ci, si on les interprète telles quelles, ce n'est pas de l'art. [...] Aussi chaque pianiste essaie-t-il d'y insuffler quelque chose de personnel.[...]De la vitesse, des modulations. Sinon, l'ensemble ne tient pas. Cependant, s'ils ne font pas ça avec précaution, c'est la qualité du morceau qui risque d'en pâtir. Ce ne serait plus du Schubert. Les pianistes qui ont interprété cette sonate se sont tous, sans exception, débattus avec ce paradoxe.
[...] C'est pour ça que j'écoute Schubert en conduisant. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, toutes les interprétations de ce morceau sont imparfaites. Un sens de l'imperfection, s'il est artistique, intense, stimule ta conscience, maintient ton esprit en alerte. Si j'écoute l'interprétation parfaite d'un morceau parfait en conduisant, je risque de fermer les yeux et d'avoir envie de mourir dans l'instant. Mais quand j'écoute attentivement cette sonate, je peux entendre les limites de ce que les humains sont capables de créer, je sens qu'un certain type de perfection peut être atteint avec humilité, à travers une accumulation d'imperfections. Et personnellement, je trouve ça plutôt encourageant.


Hoshino est avec une prostituée dans une chambre d'hôtel.
- Eh ben dis donc, c'est la première fois que je jouis comme ça, dit-il en se laissant doucement aller dans la baignoire.
- Et ce n'est que le début, dit la fille. Je t'ai réservé le meilleur pour la suite.
- C'était drôlement bon, pourtant.
- Bon à quel point?
- Au point qu'il n'y a plus de passé ni de futur après un truc pareil.
- A vrai dire, toute perception est déjà mémoire. nous ne percevons pratiquement que le passé, le présent pur étant l'insaisissable progrès du passé rongeant l'avenir.


Hoshino qui parle avec le colonel Sanders et le remercie de lui avoir trouvé la prostituée.
- Vous êtes vraiment le colonel Sanders?
- En fait non, j'ai seulement emprunté son apparence.
- C'est bien ce que je pensais, fit Hoshino. Et qui êtes vous au juste?
- Je n'ai pas de nom.
- Ca doit être génant dans la vie courante non?
- Pas vraiment. Je n'ai jamais eu de nom, ni de forme d'ailleurs.
- Comme un pet, quoi.
- Oui, si tu veux, en effet. Comme je n'ai pas de forme, je peux devenir tout ce que je veux. Cette fois-ci, j'ai décidé de prendre une forme facile à reconnaitre, celle d'une icone du capitalisme. J'aurais bien pris Mickey, mais chez Disney, ils sont assez tatillons avec les droits de reproduction. [...]
- Moi, ça ne m'aurait pas trop plu que ce soit Mickey qui me présente une fille.
- Oui, je te comprends.
- Et puis, il me semble que l'aspect du colonel Sanders convient bien à votre personnalité.
- Mais je n'ai pas de personnalité. Pas de sentiment non plus. Je peux prendre forme et parler comme en ce moment mais je ne suis ni Dieu, ni Bouddha, mon cœur diffère de celui des hommes car je n'éprouve nul sensation. [...] N'étant ni Dieu ni Bouddha, je suis sans émotions et donc ne questionne ni ne m'attache au bien ni au mal.
- Ce qui veut dire?
- N'étant ni Dieu ni Bouddha, je n'ai pas besoin de porter un jugement sur ce qui est bien ou mal dans le monde humain. Pas besoin d'agir conformément aux conceptions habituelles de la morale.
- Vous vous situez au-delà du bien et du mal, c'est ça?
- Tu me flattes, mon petit Hoshino. Je n'enfreins pas la morale, simplement je n'en ai pas. Je ne sais même pas ce que sont le bien et le mal. Je m'occupe seulement de mener à bien la mission que l'on m'a confiée.

[...]
- Qu'est ce qu'un Dieu, hein?
Comme le jeune homme restait perplexe, le colonel insista :
- Oui, quelle tête il a, ton dieu, qu'est ce qu'il fait?
- Je ne sais pas très bien mais un dieu, c'est un dieu. Il est partout, il regarde ce qu'on fait, et il juge si c'est bien ou mal.
- Et les dieux du Japon et le Dieu occidental, ils sont amis ou ennemis?
- Mais j'en sais rien moi, dit Hoshino.
- Alors écoute, benêt, les dieux existent seulement dans la conscience humaine. Et c'est un concept qui n'a pas arrêté de changer selon les circonstances, surtout au Japon. La preuve, avant la guerre, Dieu, c'était l'empereur, mais quand le général de l'armée d'occupation américaine lui a intimé l'ordre de quitter cette fonction, il a fiat un beau discours pour déclarer : "Ecoutez-moi tous, à partir de maintenant, je ne suis plus Dieu" et en 1946, c'était terminé. Pour te dire à quel point les dieux japonais sont accommodants. Ils changent de statut comme ça, il suffit qu'un militaire américain avec des lunettes de soleil sur le nez et une pipe bon marché au bec le lui ordonne et pfut! ils filent leur démission. Complètement postmoderne, comme concept, non? Si tu crois qu'il existe, il existe. Si tu n'y crois pas, il n'existe pas. Alors, pourquoi se faire du mouron à cause de lui?

Hoshino est seul dans un bar.
Quand il était petit, son grand père lui avait raconté l'histoire d'un disciple de Bouddha du nom de Myoga qui était lent d'esprit au point de ne pouvoir retenir correctement le moindre verset d'un soutra. Les autres disciples se moquaient de lui. Un jour, le Bouddha lui dis :"Dis donc, Myoga, tu n'es pas très malin, alors ce n'est pas la peine d'essayer d'apprendre les soutras par coeur. reste plutôt à l'entrée pour cirer les pompes de tout le monde." Comme Myoga était un garçon obéissant, il ne répliqua pas : "Tu te fiches de moi, Bouddha? Va te faire voir!" Au contraire, il fit ce que le Maitre lui avait dit, et cira les sandales de tout le monde pendant dix ans, ou peut-être même vingt ans. Et un jour, soudainement, il connut l'Eveil et devint le plus grand de tous les disciples de Bouddha.
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Lucile
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MessageSujet: Re: Kafka sur le rivage - Haruki Murakami   Jeu 13 Déc - 11:44

"Tu sais, il y a un autre monde à côté du nôtre"

"Ce qu'on nomme l'univers du surnaturel n'est autre que les ténèbres de notre propre esprit"




Pour mon dernier anniversaire, Kamui m'a offert "Kafka sur le rivage", un livre étrange, initiatique, poétique, spirituel aussi, comme il nous l'a montré.

Pour moi c'est avant tout un livre sur l'équilibre et les limites entre les mondes: le monde quotidien, le monde surnaturel (OVNI, fantômes, etc.) et le monde de l'inconscient, par les rêves, les fantasmes, etc. Voir d'autres mondes que je serais bien en peine de qualifier (cf pour Kamui: le monde au fond de la forêt...)
Mais bon, c'est avant tout une histoire avec des personnages très attachants, chacun dépositaire de sa sagesse particulière et qui ouvre la porte sur un monde particulier. Avec ses subtilités aussi... comme Kamui l'a dit, il y a quelque chose dans le fond de l'histoire qui m'échappe encore! C'est aussi pour moi ce qui fait la richesse d'un livre: chaque relecture apporte son lot de réflexions et d'événements nouveaux!

L'écriture de Murakami est vraiment importante aussi, très pure, très simple, vraiment à l'image qu'on peut se faire du Japon: tout est épuré en apparence, mais ce n'est que pour dévoiler une vrai profondeur. Un peu à la façon des haïkus, qui condensent en très peu de mots et avec des mise en scène très simples beaucoup d'émotions et de réflexions.

Mon seul regret est qu'il n'ait pas plus développé "le garçon nommé Corbeau"...

Un livre que je vous conseille donc, toujours dispo au prêt si vous voulez le lire!
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Lucile
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MessageSujet: Re: Kafka sur le rivage - Haruki Murakami   Dim 23 Déc - 18:25

Kamui, un petit passage (encore un!!) sur la nuit de l'âme. Je ne sais pas trop si il t'a parlé en ces termes là, mais pour moi c'était plutôt évident!

"Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu cnages à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête hange son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant laube. Pourquoi ? Pace que cette tempête n’est pas un phénomène venu d’aillerus,sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de l’intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d’empêcher le sable d’y entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repères dans l’espace ; par moments, même le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer.

C’est un fait, tu vas réellement devoir traverser cette violente tempête. Cette tempête métaphysique et symbolique. Mais, si symbolique, si métaphysique qu’elle soit, ne te méprends pas : elle tranchera dans ta chair comme mille lames de rasoir affûtées. Des gens saigneront, et toi aussi tu saigneras. Un sang chaud et rouge coulera. Tu recueilleras ce sang dans tes mains : ce sera ton sang, et le sang des autres.
Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour survivre. Tu ne eras pas très sûr, en fait, qu’elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d’une chose : une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même. Tel est le sens de cette tempête. "


Plus de repère, même le temps n'existe plus... C'est la fécondité de la nuit de l'âme, tes repères sont tellement mis à mal que tu remets tout en question, tu envisages toutes les possibilités.
La référence aussi au sang m'interpelle: le sang versé comme dans tous les rituels de transformation, de passation d'un état à un autre. C'est un peu aussi comme si tu laissais ton empreinte dans le monde.
Et forcément, on n'est plus le même après la traversée de la tempête... La métaphore de la tempête qui t'arrache toutes tes chairs pour mettre à nu des os, c'est vraiment parlant: tu es placé dans des situations où tu es obligé de révéler le vrai toi, les faux-semblants, les masques ne tiennent plus.



Pour ceux qui ne comprendraient pas et voudraient en savoir plus, nous parlons là du concept de "nuit de l'âme", qui est une période où votre âme est mise à mal par des événements qui vous attaquent dans votre identité, votre image de vous-même.C'est un concept dont parlent beaucoup d'ouvrage, notamment (et surtout!!) "la nuit noire de l'âme" de C.Singer.
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